Travailleuse

Chut2

pix : Sarah via Flickr

Je parle peu de mon travail cette année, ici, comme si je le boudais. J’ai plutôt la sensation que c’est lui qui me boude, me boude cet enthousiasme que je savais y mettre, me boude mes engagements. Il y a, bien entendu, la Fatigue, celle qui ne cesse car, notamment, l’enfant cahouette ne cesse, lui, de se réveiller la nuit, parce qu’il est vif et résolu les journées. Il y a l’investissement de la vie qui se répartit différemment, aussi, c’est vrai. Puis il y a ce que je tais ici parce que ce serait une faute d’en parler clairement et que les circonvolutions n’apporteraient rien. Les tensions, les difficultés, les combats, de cette année, en interne parce que notre établissement, parce que certains changements, parce qu’une certaine réforme aussi, parce que des lenteurs, des contraintes, l’écoute qui fait défaut, l’entente encore plus, les agressions, les fautes, la casse.

Je parle peu de mon travail parce qu’il m’effraie, ce froid que j’y ressens, et que si je sais l’expliquer, je ne sais trop qu’en faire. J’ai tellement envie qu’il recommence à me plaire, je veux m’en laisser séduire et l’aimer, y aller sourire aux lèvres malgré l’aube, le blanchiment, la campagne.

Je parle peu, ne parle pas, de cette peur qui m’étreint, quand la nuit est à son milieu, de ne plus jamais retrouver dans ce que je fais ce que j’y ai adoré.

J’ai demandé ma mutation. Parce que plusieurs raisons. Je suis tout aussi tétanisée à l’idée de l’avoir qu’à celle de rester au Petit Collège de la Rive Droite du Fleuve sans Eau. J’angoisse de partir, de cette nouveauté, de ne plus maitriser mon fonds, de ce que je trouverais dans ce nouvel établissement, de devoir creuser mon trou, faire ma place, de risquer d’y échouer, de ne pas y retrouver la complicité pédagogique, le »oui » systématique à mes idées mêmes connes. J’ai eu mes luttes mais jamais n’a été difficile de faire valoir mon statut d’enseignante. Qu’en sera-t-il ? J’ai peur de regretter, peur de ne pas savoir. Je hais les changements, il en a toujours été ainsi.

J’ai peur de rester sur mon poste, pourtant. Peur de l’année de trop, peur de cette situation, celle que je ne peux qu’évoquer, qui use les nerfs et les bonnes volontés, j’ai peur d’être là quand quelque chose de grave se passera car ça me semble inévitable et j’ai tout aussi peur d’avoir déserté. J’ai peur de l’amollissement, de la facilité qu’il y a à rester. Je sais qu’il est temps de partir mais il est des établissements qui t’habitent comme une famille, avec ce lien dont on ne peut se débarrasser innocemment. Ce bahut m’a vu naître enseignante, je m’y suis fabriquée profdoc. Ce CDI m’a confirmée exigeante dans ma gestion, minutieuse dans ma saisie, maniaque dans mon traitement matériel, il m’a démontré que mes attentes n’étaient pas trop hautes. Cette équipe m’a permis de dire non, merci, volontiers, va te faire voir, tu m’as pris pour qui, eh vous avez entendu il découvre que je suis prof, appelle moi encore la bibliothécaire et tu peux t’assoir sur nos séances droits d’auteur, mais depuis quand c’est mon boulot, oh oui oh oui ce serait trop bien, j’ai eu une idée peut-être stupide mais ça peut te tenter, et si on faisait.

Les réponses aux mutations se font au milieu du mois de juin. J’ai encore le temps d’avoir peur et en même temps, je sais que quelle que soit la réponse, l’angoisse vraie sera pour l’été.

Je parle peu de mon travail parce qu’écrire que ce n’est pas doux d’aller au collège le matin ne rime pas à grand chose. Parce que ce j’ai le sentiment que je croiserai toujours de chouettes élèves mais qu’aucune cohorte ne pourra être aussi chouette que mes 6èmes de 2009. Parce que j’espère tellement, mais tellement, me tromper. Parce que dans chacun de mes projets de cette année il y a des trucs vraiment bien mais il y a beaucoup de « mais ». Parce qu’une seule élève m’a dit quelque chose de vraiment positif – « Madame, merci de m’avoir poussée en début d’année parce que je n’aimais pas lire et maintenant, je ne peux plus me passer de livre », alors quoi que cette année dise, elle aura valu quelque chose – et que les autres n’ont qu’un véritable intérêt : Madame, c’est noté ?

Puis il y a cette Réforme, la place que l’on n’y trouve pas, ce statut bâtard avec lequel on compose depuis 1989, prof dans le concours mais pas forcément dans les textes, niés souvent, sous-entendu dans la nomination du CDI, le lieu n’étant pourtant pas la personne. Elle inquiète la profession, la petite née de Najat, et je rejoins en partie ces inquiétudes. Je m’inquiète davantage pour les élèves, les collégiens des 2 ou 3 années qui viennent, le temps de la mise en place cafouillante, celui où on va choisir les réponses à ces questions auxquelles personnes ne répond non parce qu’ils refusent mais parce qu’ils ne savent tout simplement pas.

Je ne suis pas à l’aise dans mon métier parce que ma situation personnelle, ma vie à moi, ce bébé dans un jeu de quilles, parce que cette situation d’établissement, moi dans le bahut mais aussi moi dans cette équipe dans ce bahut, parce que mon métier dans ce pays, dans ce ministère, dans cette Réforme.

Et pourtant, pourtant, je ne me vois rien faire d’autre.

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Jeudi citation

Où est le prof doc« Mais pour combien de temps ? Quelles seront les attentes du prochains chef d’établissement ? Que devrais-je lui prouver ? Aurai-je besoin de lui expliquer ce qu’est un professeur documentaliste ? A quoi ça sert ? Quelles sont ses expertises ? Que d’énergie gâchée à se demander quel va être notre avenir, comment allons nous survivre « pédagogiquement » ? Pourquoi d’une Académie à l’autre, d’un établissement à l’autre, nous avons l’impression de ne pas exercer le même métier ? Quand les uns occupent la place qui leur revient, les autres sont relégués à la survie professionnelle.

Pour donner suite à l’éEdito du n°259, ce numéro s’ouvre sur l’article qui donne l’humeur dans laquelle nous sommes ! L’avenir des professeur(e)s documentalistes serait-il dans le retroviseur ? de Sandrine Leturcq retrace en effet de manière pertinente et sans détour, le désenchantement dela profession ces derniers temps. Et à raison : alors que le coeur de notre métier a toujours été de développer des apprentissages info-documentaires parle biais de notre outil de travail qu’est le fonds d’un CDI, la volonté institutionnelle de na pas nous donner notre place en tant qu’enseignant à part entière n’a jamais été aussi flagrante. »

Edito de Véronique Delarue, InterCDI n°260, mars-avril 2016

Jeudi #ptitemonnaie *

Lundi : Qu’on me propose un projet un peu fou par téléphone pour le boulot. En parler par texto à une collègue. Qu’elle me dise oui tout de suite sans même avoir les détails.

Mardi : Trouver les toutes dernières erreurs que ma remplaçante a laissée dans ma base et les corriger une part une. Enfin, la petite monnaie, c’est que ce soit fait, ce n’était pas de le faire.

imag3185.jpgMercredi : Sortir avec Peanuts dans l’écharpe jaune soleil, comme serrée dans les bras de celle qui me l’a offerte. Je ne pensais plus l’utiliser, optant plutôt pour le porte bébé maintenant, mais il est totalement déréglé et j’avais envie d’un portage plus câlin. Boire un thé à l’extérieur dans un endroit où Peanuts a pu se balader et jouer sans que je doive surveiller à chaque instant qu’il ne gène personne. Dans ce même endroit, parler avions en papier avec un petit garçon et comparer les mérites de celui qu’il appelle « le Jet » avec celui que j’appelle « La Flèche ».

Jeudi : dormir deux heures de sieste, assommée par une infection virale, s’en réveillée avec une sensation de repos, peu profonde, certes, mais tellement rare. Avoir terminé de lire le dernier livre du Défi Babélio.

Jeudi une photo

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Jeudi 100 mots de la page 100

page 100« C’était une dame rondelette qui descendit d’une voiture avec chauffeur, accompagné d’un jeune homme à la mine tragique, affligé d’une calvitie.

La directrice se précipita à la grille pour serrer la main de la conseillère générale en riant et en hochant la tête, comme si elle n’avait jamais eu autant de plaisir à rencontrer quelqu’un. Les élèves, eux, auraient eu beaucoup plus de plaisir à rencontrer d’autres gens : Zinedine Zidane, par exemple. Ernestine, personnellement, aurait opté pour Emma Watson, qui avait son âge quand elle avait été choisie pour l’… »

PANET, Sabine. PENOT, Pauline. Le Coeur n’est pas un genou que l’on peut plier. Editions Thierry Magnier. p. 100

Notes de bas de page :

* « Les repas le dimanche midi / Comme j’sais plus qui disait… / Le bonheur ça se trouve pas en lingots / Mais en p’tite monnaie », Bénabar, La p’tite monnaie

Pix : 1 : Empruntée sur Docpourdocs ; 2 et 3 : Me ; 4 : Condesign

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Jeudi citatismiley-39984_960_720on

N: \(ù.ù)/ l’orgueil
N: (~$.$)~ l’avarice
N: (~*.*)~ l’envie
N: (/O.O)/ la colère
N: (°c==3 la luxure
N: (~°O°)~ la gourmandise
N: (-.-) la paresse

DTC

Jeudi 1, 2, 3, 4 liens

lacets

J’ai trouvé intéressante cette démarche concernant la culture du viol http://rue89.nouvelobs.com/rue69/2016/04/18/cette-fille-merite-t-detre-violee-video-deprimante-jour-263788?utm_campaign=Echobox&utm_medium=Social&utm_source=Twitter#link_time=1460998680 Intéressante et inquiétante, le chemin à parcourir est bien long encore.

Les parodies de Céleste Barber me font beaucoup rire. J’adore sa démarche, à la fois drôle et revendicative http://www.demotivateur.fr/article/elle-detourne-les-photos-de-celebrites-publiees-sur-instagram-et-le-resultat-est-tres-drole–5452 (via @Shaya_Oh)

Le compte Twitter de @Dame_Fanny https://twitter.com/Dame_Fanny Je découvre petit à petit sa personnalité. Elle est excentrique et terriblement attachante. Quand je serai grande, je veux être comme elle.

Cette vignette des Indégivrables me parle tellement http://xaviergorce.blog.lemonde.fr/2016/04/19/procrastination-xl/#xtor=RSS-32280322

Jeudi une photo

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Jeudi 100 mots de la page 100

page 100« Au-delà des portes du palais et des murailles de la cité, les ravages de la sécheresse devenaient évidents. On pouvait deviner les conséquences de l’été aride à l’épaisse poussière de la route, à l’herbe rare et brune qui pelait comme de la peinture sur les collines et les tertres, aux arbres rabougris et aux puits vides des villages. En cette cinquantième année du règne d’Ailell, la souffrance du Grand Royaume était telle que de mémoire d’humain on n’en avait jamais connu de semblable.

Pour Kévin et Paul qui se matin-là chevauchaient en direction du sud avec Diarmuid et sept de… »

KAY, Guy Gavriel. La Tapisserie de Fionavar 1 :L’Arbre de l’été. J’ai lu, 1996. p.100

Pix : 1 : ClkerFreeVectorImages ; 2 : EME ; 3 : Me ; 4 : Condesign

Sur un de ces fameux bancs

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Pix : Dame Ambre pour l’atelier n°3 des jeux d’écriture(s) du blog à mille mains

Le métal du banc était devenu froid au fur et à mesure que la journée se retirait. Elle le sent à peine, comme si cette froideur du corps touchait quelqu’un d’autre. Elle n’est pas concernée par la raideur qui ferme ses jambes, la torpeur qui étreint son torse, la prostration glacée qui pèse le long de ses bras. Pas plus que par le chagrin mouillé dont pleut son visage, le vacillement spasmodique de sa mâchoire. Elle n’est plus là.

Le ciel garde encore une molle clarté lambinante. Les passants se font rares. La circulation s’est temporisée.

– Tu as mal ?

Depuis combien de temps la fillette est-elle assise là ? Aucune idée.

– Dis, tu as mal ?

Elle porte un pull blanc zippé sur le devant et elle pose sa question avec tout le sérieux que peut renfermer un visage maquillé d’une paire d’ailes de papillon asymétriques.

– C’est là que tu as mal ? persiste-t-elle en appuyant un index prospecteur sur un gros grain de beauté marquant son épaule.

– Non.

– Là ?

– Non plus.

– Là alors ?

– Non.

– T’as mal où alors ?

Nul part. Partout. – J’ai pas mal. Laisse moi. Rentre chez toi, il est tard pour trainer seule dans la rue.

– Moi j’ai mal là, complète la môme en désignant une égratignure sur le dos de sa main. Mais je pleure pas. Tu as de la tristesse ?

Tellement. Chaque molécule de mon corps est triste. Si on le réduisait à feu doux, il resterait un concentrée de tristesse pure. – Je pleure pas non plus.

– Ah bon ?

– Non, ce sont mes yeux qui pleurent.

– Pourquoi ?

– Parce qu’ils sont stupides.

La fillette se penche, observe ses yeux en fronçant les siens.

– Ils n’ont pas l’air stupides, analyse-t-elle. Ils ont fait quoi ?

– Ils ont vu un mec. Et ils ont appelé le creux des reins. « Eh, t’as vu ? » Alors lui, il a eu un coup de chaud. Du coup, il a sonné la bouche qui a débité des bétises. Mais les yeux, ils se sont laissés influencées par ces gourdes d’oreilles qui en entendaient d’autres, des sornettes. Et à eux quatre, ils sont allé réveiller le cœur qui avait pas demandé à ce qu’on le dérange.

– Et à la fin, le loup l’a mangé ?

– Qui donc ?

– Le serpent à sornette qui fait pleurer tes yeux stupides ?

– Non. C’est une histoire amorale. Dis, t’as pas de chez toi ?

– Pourquoi tu changes de sujet ?

– Parce que j’ai la sensation que dans quelques minutes, tu vas me parler d’un mouton et d’une rose et que je ne suis pas sûre d’être prête pour ça.

La fillette se lève. Dans la grande jardinière publique, elle coupe d’un coup d’ongle une tige parée d’une guirlande de petites fleurs.

– Tiens, la main, dit-elle la glissant entre les doigts gourds posés contre sa cuisse. C’est de ma part pour les yeux. S’il te plait, demande à la bouche de leur dire qu’ils ne sont pas si stupides et au cœur qu’il pouvait pas savoir. Que le serpent a inventé une belle histoire et que ce qui était séduisant, c’était ce refuge qu’elle offrait. Maintenant, la main, dit aux pieds qu’il est temps de rentrer, qu’il est tard pour trainer seuls dans la rue.

Un bref silence s’ensuit.

– Je me suis trompée.

– A propos de tes yeux ?

– Non, de ton visage. Tu n’es pas maquillée en papillon. Ces ailes, ce sont bien les tiennes et tu es une fée.

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Jeudi citation

+

Tank_: Ma prof de maths qui nous sort tout à l’heure en corrigeant un exercice:
Tank_: « Ici on va éviter a solution 2 car à moins que vous ne soyez Chuck Norris, vous ne pouvez pas diviser par 0 ».
Tank_: Je l’aime <3

DTC

Jeudi #ptitemonnaie *
pissenlit

Lundi : Je me suis plongée dans les photos, j’ai remonté le courant numérique jusqu’en septembre, pour faire le quatrième album de Peanuts. Thématiques plutôt que chronologique. Et je me suis même trouvé jolie sur certaines.

Mardi : Je suis allé courir, reprise, sous un ciel céruléen, en plein soleil et dans la brise fraîche. J’ai réentendu ma playlist, l’ai trouvée bien construite, oh mais j’y avais mis les Clash !, y ai retrouvé des pépites. J’ai dansé dans l’escalier de l’immeuble au retour parce que passait ce morceau là sur lequel il n’est juste pas possible de ne pas bouger.

Mercredi : Nous sommes allé jusqu’à la boulangerie à pied avec Peanuts et sommes rentrés avec une baguette tout juste sortie du four mais déjà entamée, ne pas l’avoir porté du tout, avoir mis un temps fou. S’arrêter en plein rue, plus tard, pour cueillir un pissenlit et le souffler vers lui, son rire et ses mains tendues pour caresser. Renouveler enfin ma carte de bibliothèque et emprunter un livre à mon nom, pas au sien, puis un autre sur la carte de Peanuts. Découvrir que la grande médiathèque a aménagé un espace ludothèque, y passer un long et bon moment avec Peanuts curieux de tout.

Jeudi : écrire un 4 jeudi, chercher à l’équilibrer, s’en amuser, en écoutant Bénabar. Je suis aussi allé manger chez mes parents, seule, sans enfant, des paupiettes bio mitonnées à la tomate. En rentrant de la crèche, Peanuts et moi avons dansé un slow sur la reprise de La Pluie fait des claquettes par M.

Jeudi une photo

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Jeudi j’m’installe

J’ai emménagé ici en catastrophe, aiguillonnée par l’exigence d’une rupture, l’indispensabilité d’une page blanche. J’ai récupéré un titre qui était celui d’une vague tentative d’amadouer tumblr, installé un visuel dans lequel je me sentais à l’aise et j’ai écrit, parce qu’il faut écrire.

Puis il a fallu rapidement que je décide quoi faire des archives, j’ai dû consacré du temps à clore l’avant. C’est bien la première fois, tiens, que je m’occupais ainsi de soigner le blog que je quittais. En attendant, je n’avais pas encore trouvé le petit truc qui poserait l’identité ici. Le titre me chafouinait car il déplaisait à une personne que j’aime et qui est pour beaucoup dans mes noms-du-web. Je n’étais qu’en partie chez moi.garden-441933_640

J’ai commencé par remplir la blogroll parce que mon blogging est, avec le temps et avant tout, une histoire de rencontres.

Puis j’ai joué avec un dictionnaire des synonymes en anglais pour revenir, comme si souvent, à la réponse la plus simple.

Le sous-titre s’est écrit de lui-même. Les inter-titres en ont découlé. L’à-propos s’est tapé. Tout ce rien-du-tout si muable que je pose comme on fait sa déco d’intérieur.

Et un 4 jeudi, vieux rituel délaissé, vient comme conclure la procédure. J’ai la sensation d’avoir pris possession des lieux.

Bienvenue, venez vous installer, il y a toujours de la place sur le canapé et de l’eau restée chaude dans la bouilloire.

Notes de bas de page :

* « Les repas le dimanche midi / Comme j’sais plus qui disait… / Le bonheur ça se trouve pas en lingots / Mais en p’tite monnaie », Bénabar, La p’tite monnaie

– Pix : 1 – by U.S. Air Force ; 2 – George Hodan  3- Me 4 – Kapa65

Les heures volées

Ces matins, je les paie le soir, souvent, quand quelques images animées sur un écran suffisent à me faire sombrer, la tête sur l’accoudoir, à l’heure des poules. Pourtant, ces moments comme volés, en début de journée, l’enfant rendormi le ventre plein du lait réclamé aux aurores, Celuiquej’aime tentant de maintenir la jauge du compteur d’heures de sommeil hors de la zone rouge – Moi, ma fatigue ne se soldera pas uniquement entre les draps, je ne m’articule pas de la même façon…– elles ont leur valeur.

Je n’ai jamais bien supporté le temps perdu à chercher le retour du sommeil alors même que l’autre ronflotte en boule dans sa moitié de lit. Le temps à ne pas lire, à ne pas écrire, à ne pas tweeter, réseauter, manger, regarder un programme, ranger, trier, griffonner, jouer à mastermind, feuilleter, corner les pages d’un catalogue de meubles, arroser, écouter, occuper les mains, surtout, les mains. Je ne sais pas rester inactive, le vélo dans la tête qui pédale à toute berzingue, je le canalise dans l’activité et le mouvement. Mes crises, aussi, celles qui surviennent, finalement, quand je me relâche, comme pour m’éperonner. Je le supporte encore moins maintenant que je n’ai aucune garantie que des pleurs ou des appels n’interrompront pas ce sommeil patiemment attendu et péniblement de retour quelques minutes seulement après qu’il se soit installé.

Alors je reste levée alors même que l’enfant se rendort bien volontiers, sa chiffe à tête de chien serrée contre lui, et je m’attribue ce temps là, sans savoir combien il y aura, dans l’écoulement particulier du point trop de bruit, point trop d’agitation dont on manque sans doute en journée.

Ce matin, je me hasarde même à écrire ici, voilà, exercice pour lequel la fluidité dé(s)faille(s). Je me rappelle en pleine poire combien poster sa vie tient tant de l’habitude. Elle me manque la lueur du thème à bloguer qui survient, ampoule de cartoon, à tout instant, surtout les plus impromptus, cette idée formidable qu’on avait mais qui s’est enfuit, ces bouts de textes rédigés dans la tête à mémoire défendante parce qu’on pourra les taper tout à l’heure. Maintenir un quelque chose ici, ne pas se contenter de là-bas. L’impression qu’être en train de faire ça, c’est renouer. Avec quoi, avec qui, ça m’échappe encore. Mais qu’à cela ne tienne, il ne manquerait plus que je sache pourquoi j’écris. Ou pourquoi je respire.

On ne la voit pas beaucoup, mais regardez la toile d'araignée !

                                pix Olivier Jeannin