Recette

Ambre4pix by Dame Ambre pour l’atelier n°4 du blog à mille mains

Prenez une pomme. Ou deux. Ou trois. Ou plus.

Bleues comme des oranges, douces à caresser, juteuses, peut-être un tantinet acide dans le croquant, avec un retour sucré sur le léché.

Un couteau qui découpe, un couteau qui épluche, un couteau qui épépine, qui peuvent être le même.

Un plan plat paré d’une planche à peler.

Pluchez ou pluchez pas, l’épluche c’est personnel.

Taillez.

Compotez ou entartez, confiturez ou croquez cru, séchez ou confisez, garnissez ou simplifiez.

Faites comme vous le sentez, la pomme est une bonne poire.

Note de bas de page :

Ceci est ma participation – in extremis – au 4ème atelier du blog à mille mains

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1, 2, 3, 4 jeudi (5)

cocoon-306632_960_720Jeudi citation

« Car le mot, qu’on le sache, est un être vivant »

Victor Hugo, Les Contemplations

Jeudi 1, 2, 3, 4 lienstoile

En ce moment, Shaya voyage au Pérou. Et nous aussi, via son Instagram.

Cela fait des siècles, au moins, que je ne vous ai pas invité à farfouiller dans le cabinet de curiosité de Nekkonezumi.

Georgia est de bon conseil. Et et elle est bien plus que ça, mais c’est l’occasion citer chez elle.

Et un petit nouveau dans la blogroll : Y’en a un peu plus, j’vous l’mets quand même ? Les reflexions d’Eleusie qui ne tiennent pas en 140 caractères.

Jeudi une photoimag3306.jpg

Hoggar_peinture_rupestre1Jeudi 100 mots de la page 100

Les Hommes-qui-savent, bouche béé, viennent d’assister à la naissance, sous les mains de l’Homme-qui-dessine, de cet objet étrange et inquiétant. Ils écoutent maintenant ses explications en silence :

  • On fabrique plusieurs de ses faux-hommes. Au moment où la nuit arrive, onles installe sur un rocher, comme s’ils montaient la garde. On allume quelques feux à l »entrée de la grotte et on met autant de faux-hommes que possible, certains assis, d’autres couchés. On recrée un clan à la tombée du jour.

Seule la poignée de jeunes chasseurs menés par Haoud, encouragés dans leur désir d’insoumission à l’Homme-qui-dessine, refusent de se laisser impressionner…

SEVERAC, Benoit. L’Homme-qui-dessine. Syros, 2014. p.100

Note de bas de page :

Pix by : 1 – Mecelis ; 2 – Cocoparisienne ; 3 – Me ; 4 – W. Robrecht

Le fond de ma poche

inséarables

pix : Denis-Carl Robidoux via Flickr

L’autre jour, sur le chemin de retour de la crèche, je discutais avec Peanuts, aux bras – ce qui signifie que je parle et que lui remplit les temps de réponses par des onomatopées, des gestes et souvent, une inattention soutenue car il y a bien trop de choses passionnantes à observer, essayer d’attraper voire à commenter dans la rue – jusqu’à ce que vienne un « Je peux te faire un bisou ? », question devenue courante mais à laquelle j’obtiens rarement de réponses claires. Et voilà que cette fois, il me tend sa tête en souriant, et ponctue mon bisou d’un « mmmmh » sonore. Puisque ça l’amusait et que je ne me lasse jamais de l’embrasser, nous avons continué ainsi notre chemin, bisoutant une joue, un front, un dessus de crâne, une main, tous les deux à trois mètres.

Le soir, je raconte cela à Celuiquim’accompagne. Peanuts s’empresse d’illustrer mon propos en accourant vers moi à un « je peux te faire un bisou ? » lancé à travers la pièce. On en s’en amuse (parce que le voir débarquer bouille en avant pour accompagner chaque bisou d’un mmmmmmh c’est carrément trop mignon et aussi assez drôle) et dans l’échange qui suit, Celuiquim’accompagne demande à Peanuts si ce ne serait pas A (une des petites de la crèche qui l’accueille presque chaque matin en le prenant dans ses bras) qui lui aurait appris ça. Suite à quoi il sort une blague se voulant sincèrement humoristique dans laquelle j’entends A « qui se comporte comme une trainée, toujours les jambes écartées ».

Ouais.

Bon, moi, j’ai bondi de 20 mètres et suis redevenue sérieuse tout de suite, j’ai bien dit à mes deux gars présents, même si l’un ne pige pas encore tout ce qu’on raconte, que non, on ne parle pas comme ça d’une fille, même si c’est pour plaisanter. Parce que oui, difficile de retranscrire le contexte, on a dit tous les deux plusieurs bêtises, Celuiquej’aime a dérapé, et a convenu immédiatement que ce n’était pas drôle, c’était pourtant dit pour plaisanter. Une fois Peanuts couché, on en a rediscuté, sur la base de « cet enfant va construire son image de la femme à travers notre éducation mais aussi toutes les influences extérieures, il aura déjà suffisamment d’incitation à penser que les femmes sont des trainées, à nous de lui apprendre que ce n’est pas le cas ». Celuiquej’aime été pleinement d’accord, a battu sa coulpe, et s’est engagé à être attentif à cela à l’avenir, y compris quand on est dans la plaisanterie.

Si je raconte cet épisode, ce n’est surement pas pour que vous vous permettiez de juger Celuiquej’aime (même si je sais qu’il y en aura pour le faire, grand bien vous fasse, vous ne le connaissez pas) mais parce que j’ai été assez marquée par le cheminement de ma pensée sur l’instant. Sa phrase a été prononcée et c’est toute ma TL qui a bondi avec moi. Ce sont les articles de Mme Déjantée, les retweets de Neea, les échanges avec Ezrine, Fille d’album ou Sapercé, ce sont les discussions quotidiennes avec Flo, Minka, Shaya, avec Lunereveuse, Georgia, Eleusie les principes d’éducation de La Farfa, de Kyrieleve, de Snana, d’Anne-Cé, de Dame Ambre, d’Absinthe ce sont les débats des Vendredis Intellos, les interventions de Skro, de Mauvais Père, les coups de gueule d’Hécatimini, les interventions de Sushiesan, de Charlotte, de Samantdi, ce sont leurs grrrr, leurs évidences, leurs formulations, ce sont leurs colères, leurs précisions, leurs sachiez-tu, ce sont leurs partages, leurs principes, leurs questionnements.

Je ne sais pas en quelle année j’ai commencé à tweeter. Je peux dire que depuis, le profil de ma TL a énormément évolué. Je n’y compte qu’une petite centaine d’abonnements, dont plusieurs sont très peu bavards. J’échange régulièrement avec au moins la moitié d’entre eux. Plusieurs de ces personnes sont mes ami-e-s, la plupart me connaissent mieux que mes propres collègues qui me fréquentent pourtant quotidiennement en personne. Tous ces gens sont présents chaque jour dans ma vie, sur mes écrans et dans ma poche.

Et les fréquenter m’éduque.

Je n’ai pas changé mes principes fondamentaux, ceux qui font que je suis moi. Je suis toujours une emmerdeuse, une râleuse, j’ai toujours tendance à ne pas assez approfondir, je suis une qui s’enflamme, je hais avec mes tripes et aime tout aussi bien, je reste rancunière et je suis une grande fidèle. Je n’ai pas la finesse d’argumenter en ping-pong, je m’y prends mal et j’ai même vexé certaines personnes en ligne à cause de cela. Je suis féministe, je suis de gauche, la vraie, pas celle de la rose, je crois en l’humain, qu’on doit pouvoir aimer qui on veut, faire du sexe avec n’importe qui de d’accord pour, que la couleur de la peau, les origines, les préférences, l’âge, l’apparence, le corps, ne disent rien de la valeur d’une personne, qu’il est essentiel pour chacun de faire ses choix, qu’on peut en discuter, qu’on n’a pas à imposer. J’en ai, des convictions, je ne peux tout lister ici, et j’en avais avant Twitter.

Mais ma TL, les gens qui la composent, a ce regard critique en permanence, ils ont le don de sortir des liens vers des articles que je n’aurais pas lu, de partager des tweet-stories, des posts, des commentaires, ma TL elle réagit, elle fourmille. Auprès d’eux, j’acquière des réflexes, des réactions.

Je pense que mes fréquentations Twitter m’ont appris combien l’humour pouvait masquée la violence. Parce que c’est dit pour rire mais c’est dit tout de même. Je le savais. Pas autant. Elles m’ont appris les petites discriminations, le vocabulaire pour les qualifier, notamment ce qui concerne la grossophobie à laquelle je suis bien plus sensible maintenant. Elles m’ont appris à  pointer, attirer mon attention, sur ce qui peut passer pour un détail. Elles m’ont appris que ce que je remarque est important, même si sur le moment je suis la seule à le penser, ou si au moins j’ai cette impression.

Elles m’ont aussi appris combien la manière de qualifier les choses à de l’importance, y compris quand on parle de soi, et c’est à leur côté que j’ai appris à ne plus m’insulter – rooh, mais quel boulet ! J’arrive à rien, je suis nulle, qu’est-ce que je suis con, non mais définitivement je n’ai pas de tête, je sais pas pourquoi j’essaie j’arrive à rien de toute façon – ou au moins de ne pas le faire comme si ça n’avait pas d’importance.

Elles m’ont apporté, m’apporte encore, beaucoup. Je n’ai pas su m’entourer, dans ma vie quotidienne, préférant fuir les relations quand je n’y trouvais pas mon compte. Je ne fréquente pas forcément les bonnes personnes quand je suis physiquement présente. Mais j’ai la chance d’avoir rencontré ces personnes en ligne, d’en rencontrer de nouvelles régulièrement.

Et je me sens très riche d’elles.