Go

Ça n’avait pas l’air de vouloir arriver mais il semblerait qu’on part. Demain. En vacances.

L’Enfant est infernal, il a le nez qui coule, tousse, passe une bonne partie de son temps à la maison à pleurnicher et fait des nuits de teuffeur sous exta. Celuiquej’aime a traversé les quinze derniers jours comme un zombie sous morphine, confiant, je crois, dans l’idée que j’allais gérer les préparatifs du départ même si je donnais l’impression de me noyer dans une flaque. Et moi, ben j’ai géré les préparatifs du départ.

On part épuisés, on part énervés, on part un peu exaspérés les uns par les autres.

Alors soit on explose en vol, soit ces vacances seront ce qu’il pouvait arriver de plus beau à nos vies actuelles.

Réponse dans quelques jours, je suppose. Si tout reste dans l’ordre prévu ou en tout cas suffisamment proche de cette organisation là, on rentre dans 4 semaines. Et comme tous les étés ou presque, on a encore choisi des destinations et des formules qui feront que je n’aurais pas de véritable connexion, même pas, par période, celles que m’offre mon smartphone puisqu’on rejoint des coins où il n’est même pas commun d’avoir une conversation téléphone sans qu’un truc se branche dans le mur.

Donc jusqu’au 21 août, pas de nouvelles, bonnes nouvelles.

Amusez-vous, aimez-vous, ensoleillez-vous, et surtout, faites de votre mieux mais dans tous les cas, ce sera parfait.

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1, 2, 3, 4 jeudi (7)

Jeudi citation

<geek_killer> Je dois te raconter une bonne!
<geek_killer> orange a de nouveau installé un émetteur
<geek_killer> pour tel mobile et tout
<geek_killer> Les habitants du patelin se sont mis à se plaindre d’insomnies et tout…
<geek_killer> Le commentaire d’orange :
<geek_killer> « Qu’est-ce que ça risque de devenir quand nous aurons allumé ce truc ? »

DTC, bien entendu

Jeudi la poétique

Et v’là que j’t’anonymise les prêts, que j’te supprime les orphelines, que j’change par lots à tout va, que j’mets en cohérence les nomenclatures, j’accroche le générique, retranche le spécifique, je suis une paléontologue du thésaurus, une archéologue de la notice sans exemplaire, une généalogiste du pilonné, du perdu, du jeté, du volé. Je bichonne ma base, c’est mon côté maniaque, je fais taire les bruits, ils m’horripilent.

Paragraphe inspiré des dernières tâches de gestion de ma base documentaire. Le vocabulaire de mon métier a une forme de poésie, je trouve.

Jeudi une photo

IMAG0010Linceuls, Ernest Pignon Ernest, MAMAC, Nice

Jeudi 100 mots de la page 100

A la naissance, il est déjà différent de ses frères ! Oui, àla naissance, il a déjà neuf mois de vie…

Les progrès des échographie ont pu mettre en évidence que le fœtus réagit au discours de sa mère. Pour tester les réactions fœtales à son environnement, les expérimentateurs mesurent les mouvements de déglutition. Ceux-ci augmentent quand sa maman s’adresse à lui et diminuent quand maman parle avec une copine. Les chercheurs ont même pu montrer, films à l’appui, que l’enfant réagit aux pensées de sa mère. Ce n’est finalement pas si étrange, puisque nos pensées ont un substrat physiologique et […]

FILLIOZAT, Isabelle. Il n’y a pas de parent parfait. Marabout, « Marabout Poche », 2008, p. 100

Le BGG

bulles

pix by Alexas_Photos via Pixabay

Quand Peanuts avait quelques mois, on a visité la Grande Galerie de l’Evolution. Nous commentions les différentes vitrines, reproduisant les bruits d’animaux quand nous le pouvions, piquant à cette occasion quelques fou-rires. Arrivé devant la vitrine d’un énorme orang-outan, j’annonce à Peanuts, qu’il s’agit là d’un bibliothécaire et que son cri était « ooooooook ». Une visiteuse à côté de moi a rit. « On ne commence jamais assez tôt à leur donner de bonnes références » ai-je plaisanté avec elle. Elle a plussoyé. On s’est séparée sur un sourire.

Si vous n’êtes pas pratchettien-ne, cette anecdote vous semble fort probablement obscure. Il eut été statistiquement plus probable que j’hérite d’un haussement de sourcil dubitatif que d’un rire complice avec cette référence disque-mondiale mais le hasard en a fait cette minuscule histoire.

Depuis quelques jours, j’y repense parce que partout s’affiche la sortie du film le BGG.

Le phénomène n’est pas nouveau et peut-être est-ce une impression erronée mais il me semble que le cinéma adapte des romans à l’écran de plus en plus ces derniers temps. On en obtient même une forme de littérature jeunesse qui sent l’écriture pour le probable-futur-film. Lectrice, je n’ai jamais été pleinement satisfaite de l’adaptation d’un roman que j’avais aimé lire. A l’inverse, j’ai souvent adoré un livre découvert pour avoir premièrement vu le film qui l’adaptait. Souvent, je suis un peu déçue d’apprendre que tel ou tel titre que j’ai aimé lire va faire l’objet d’une adaptation cinématographique.

Devant les affiches du BGG, j’ai senti que quelque chose dans cette annonce me chagrinait. Alors je me suis demandée « Qu’est-ce que ça t’enlève, à toi qui n’iras pas le voir, que ce film existe ? »

A priori rien.

Mais en fait, si. Ça m’enlève les « private joke », les clins d’œil glissés en douce pour voir si quelqu’un la relèvera, ça enlève l’instant de complicité devant la vitrine d’un animal empaillé. Parce que maintenant, quand je prendrai pour exemple de cote « R BGG » en expliquant le classement des livres de fiction à mes 6e, je ne pourrai plus chercher cette lueur dans le regard qui me donnaient les noms des lecteurs et lectrices de Roald Dahl. Les adaptations cinématographiques m’enlèvent que ce n’est pas Prim mais Madge qui offre la broche du geai moqueur à Katniss, que Tom Booker meure à la fin, que non, Saphira ne grandit pas en 30 secondes mais qu’Eragon la protège, la nourrit et l’accompagne pendant un long moment tissant ainsi les liens forts avec elle, que les hobbits croisent Tom Bombadil avant de rejoindre le Poney Fringant, que Gandalf lutte contre Saroumane dans l’Isengard à moitié détruit par l’attaque des Ents, et que non, au cours des premières aventures de Bilbo, rien n’annonce le retour de Sauron, qu’Harry galère bien plus que ça pour gagner la Coupe de Feu, et que finalement, j’apprendrais la fin du Trône de fer par des gens qui regardent la série avant de pouvoir la lire.

Elles font exploser cette bulle, celle qui appartient à celleux qui ont lu un même livre. Elle rende plus probable donc moins savoureux un sourire devant la vitrine d’un orang-outan. Et c’est égoïste, mais moi j’aime mes bulles de lectrice et mes complicités de lectorat.

Et pof, fait celle du Bon Gros Géant.

Note de bas de page :

Les Annales du Disque-Monde, Terry Pratchett. Hunger games, Susan Collins. L’Homme qui murmurait à l’oreille des chevaux, Nicholas Evans. L’Heritage, Christopher Paolini. Le Seigneur des Anneaux et Bilbo le Hobbit, J.R.R. Tolkien. Harry Potter et la coupe de feu, J.K. Rowling. Le Trône de fer, G.R.R. Martin

Enregistrer

Un matin, nous nous réveillerons et il n’y aura pas besoin de chercher les mots pour expliquer à nos enfants que le monde dans lequel on les a fait naître peut être vraiment pourri malgré tous nos efforts pour les convaincre qu’il vaut aussi le coup.

Peanuts est né quelques jours avant que nous devenions Charlie. Aujourd’hui, nous sommes Nice. Et quand je le regarde, j’ai envie de le couvrir de baisers, de faire de drôles de bruits de bouche pour entendre encore et encore son rire, et de lui demander pardon, pardon de ne pas avoir su, pardon de ne rien pouvoir faire de plus que jeter quelques mots sur mon écran, me ronger les ongles et prendre des nouvelles de celleux que nous aimons et qui auraient pû être, n’étaient finalement pas.

Un matin, nous nous réveillerons et il n’y aura plus à sécher ces larmes-là.

En attendant ce matin, il faut traverser tout cela. Serrer les dents et vivre à pleine d’elles. Balayer la peur et se hurler combien on s’aime, se le chuchoter, se le répéter, se le blaguer, se le disserter, et recommencer.

Soldée

J’ai fait les Soldes et j’ai acheté 22 articles, allant du débardeur à la paire de sandales en passant par des boucles d’oreilles fantaisie. J’ai dépensé des sous qu’on n’arrête pas de dire qu’on n’a pas mais qu’on trouve quand on n’a pas envie de faire à manger et qu’on commande des pizzas. Et j’ai répondu à des mois de frustration en matière de vêtements.

Et je l’ai fait pour moi.

Parce que, voyez vous, j’ai eu une année difficile. Difficile parce qu’être la mère d’un enfant de 9 à 18 mois, ce n’est pas facile, hein, j’enfonce une porte ouverte. Que les gens autour de moi acceptaient de dire que ce n’était pas facile. Mais qu’en vrai, ils continuent de nous dire des trucs comme « Ah mais s’il a dormi de 20h à 7h cette nuit, vous avez dû récupérer » alors qu’on a approximativement mille ans de sommeil en retard et qu’il faudrait une vie de nuits telles que celle-là pour qu’on imagine commencer à récupérer (j’exagère si je veux, c’est ça d’avoir un blog).

Difficile parce que la situation a été telle dans mon établissement que notre Chef a été remercié en cours d’année. Pas besoin, je crois, d’être de l’Education Nationale pour comprendre qu’il y a eu de vrais gros problèmes pour qu’on en arrive à une telle décision de notre hiérarchie. On a tous morflé. De manière très différente d’un collègue à l’autre, mais on a morflé.

Difficile parce qu’après une année à repousser les gros projets pros, j’en ai lancé plein à la fois sans me rendre compte de l’énergie que ça me demandait. Parce que ces projets, avancer, construire, dans la situation de l’année, c’était vital mais dévorant.

Difficile parce que même si ça fait un moment maintenant, j’ai fabriqué puis sorti un bébé entier de mon ventre et que le temps fait des choses à l’affaire mais que ce n’est que récent que l’évoquer ne fait plus tournicoter des tas de trucs à l’intérieur de moi (maintenant, ça n’en fait plus tournicoter que quelques uns).

Difficile parce que j’ai dû me faire à ce rythme sans temps pour moi, à coller ma mélodie au chant du monde trop tout le temps.

Je n’ai pas eu une année pourrie, non, elle a même était excellente à de nombreux points de vue. Elle a aussi été galvanisante, harassante, débordante, chantante, vivante, dansante.

Je sors de cette année chamboulée, pleine d'(en)vie(s) et de cette énergie grisante qu’on trouve quand on croit qu’on n’en a plus.

Et j’ai fait les soldes parce que j’ai appris une chose cette année : j’ai beau avoir des gens qui m’aiment autour de moi, depuis bientôt deux ans, il faut que je me porte toute seule. Pas tout le temps, pas uniquement, mais c’est comme ça que s’est créé l’équilibre post 16 décembre. J’ai trouvé ça triste, normal, révoltant, ahurissant, injuste, logique, prévisible, et sûrement encore d’autres adjectifs mais il est bien temps de l’admettre. Et ça ne m’a rien apporté de bon de m’oublier en espérant que quelqu’un d’autre y penserait.

Maintenant, il s’agit de ne plus perdre ça de vue. Et de repasser cette jolie robe.

Vacante

Voilà, je tombe en vacances. Cette année nous laisse comme ça, elle nous a transbalottés, on l’a tenue à bouts de bras, et paf, elle nous lâche. Avec un au revoir à la porte d’un bureau qui se transforme en belle nouvelle pour la rentrée. Avec des projets nés dans ces dernières semaines, plop, plop, plop, idées qui ont éclot comme des bulles de savon éclatent à l’instant où on s’est de nouveau senti en confiance pour travailler.

Je découvre que nous sommes plus nombreux que je ne croyais, dans ce bahut, à attendre juste de faire notre travail et de le faire bien.

J’ai dressé un bilan de mes activités et je n’avais à aucun moment saisie à quel point je m’étais plongée dans les séances et projets pédagogiques. Cette année, pour la première fois, le CDI a été moins souvent ouvert au public « libre » qu’il n’a été le théâtre de nos projets. A pas grand chose, mais la bascule est faite.

Ce bilan m’a redonnée une confiance confortable dans ma capacité à faire ce que je fais et à la faire bien. Pas à cause de la quantité mais grâce aux objectifs fixés, atteints, et même dépassés pour certain.

Puis une m’a dit « Madame, je n’aimais pas lire quand on a commencé le projet. Et maintenant, je dévore et je vous en remercie ». Rien que ça, ça vaut toutes les années scolaires du monde.

J’ai aussi compris un peu mieux ma Fatigue. Je l’avais mise sur le dos des nuits de Peanuts, et sur cette vie hors travail enrichie de sa présence. Je n’avais pas voulu voir ce que je mettais dans mes journées de travail.

Je tombe en vacances, encore un peu un pied là-bas. Ces dernières semaines, je sais que je m’investis un peu trop là, parce que c’est un peu lourd à porter d’être moi chez moi. Rien de grave mais je vois bien qu’on me félicite dans mon travail, qu’on m’y sollicite et que j’arrive à valoriser l’accompli dans ce domaine là, que ça m’est facile, alors qu’à côté, bof. Rien de grave, mais le repas préparé, encore, qui termine, encore, en miettes sous la chaise haute, l’enfant rempli de lait par défaut, et encore faut-il qu’il ait accepté le biberon. La robe enfilée qui ne suscite aucune remarque alors que je n’en porte plus depuis presque un an. Les petits pics de la vie quotidienne, ma belle-mère tellement belle-mère, mes jambes qui s’entêtent à rester blanchâtre, le compte en banque qui ne répond pas aux envies de soldes, la soirée grommelée, ma mère qui me demande de choisir mon cadeau d’anniversaire, vous voyez, ces choses-là.

Je tombe en vacances parce que j’ai cette appréhension, quand est-ce qu’une crise va me tomber dessus et vais-je réussir à profiter. Peanuts reste à la crèche jusqu’à notre départ en vacances. Je voyais ça comme un temps long devant moi à consacrer à, ben, moi. Sauf qu’en réalité, il n’y aura que 9 jours. C’est énorme et ce n’est rien. Trois rendez-vous médicaux, déjà, indispensables, la voiture à réviser, ces contraintes là. Puis les uns et les autres à voir, parce que ça fait longtemps. Un peu de boulot à faire, aussi, parce que les cours de la rentrée ne vont pas se préparer seuls. Et les vacances à préparer aussi, réservations, bagages, car si on veut partir dès que l’Homme est libre, il faut que je fasse l’essentiel.

Alors pour ma première soirée de vacances, je me suis retrouvée jusqu’aux coudes dans ma base documentaire. Me débarrasser de ce qui reste à faire côté travail, vite si possible. Je ne sais pas si c’est une bonne stratégie… Depuis quelques temps, je vis en refusant les temps morts, m’arrêter me semble une perte de temps, et le temps qui se perd est devenu inacceptable. Je manque de temps, tout le temps, je n’arrive plus à accepter d’en perdre. Ce qui est terrible car je n’ai jamais été une impatiente.

Je tombe en vacances et j’écris fouillis pendant que le logiciel mouline un changement par lot que je n’ai pas anticipé aussi long. J’ai envie de vous dire des trucs idiots ou peut-être juste pas intéressants ou alors dont le sens m’échappe. Que j’aime mon fils, tiens, je peux pas dire assez combien, que j’ai fait un acte manqué pas grave mais révélateur avec des médocs, que c’est usant d’être la seule à travailler sur soi avec un psy dans une famille, que j’ai envie d’une bière sous la pleine lune, que je suis contente de ne pas avoir muté, finalement, à tel point que vu d’ici, redemander à partir l’an prochain me semble absurde, que mon ordinateur portable me manque, que j’ai emporté 17 livres du CDI à lire cet été puis finalement 5 de plus, et que je suis frustrée quand même, que j’en ai assez d’essayer de me retrouver alors que j’ai commencé à essayer de me rencontrer, que je n’ai jamais laissé le CDI si bien rangé sauf les meubles car j’ai enfin admis qu’ils seraient déplacés pendant mon absence donc autant ne m’y coller qu’à la rentrée, qu’on a envoyé des kilos de manuels dans un lointain pays d’Afrique et que je n’ai pas su accepter les remerciements parce que c’est moi que ça rend contente contente contente qu’ils servent et ne partent pas à la benne, que j’ai, dans un dernier sursaut, sauvé le Mourre de la poubelle bien qu’il fût desherbé, que Peanuts veut maintenant qu’on lui lise des livres là-maintenant-tout-de-suite alors qu’on se retrouve de plus en plus souvent assis en tailleur sur le carrelage du couloir, de l’entrée, de la cuisine, parce qu’il y avait une urgence, que non, ça ne se refuse pas qu’on lise là-maintenant-tout-de-suite. Vous voyez, ces choses-là.

Je tombe en vacances, le dos plein de nœuds, plus de cernes que je n’en mérite, trop d’envies pour pas assez de temps, des mars glacés dans le congélateur.

Et puis, bien, y a plus qu’à.