Quand pèse le régime

Depuis ma grossesse, mon poids, ma ligne, ma tête et moi, on cohabite en compromis. Mon poids reste stable, ma ligne n’est pas trop examinée dans la glace, ma tête ne se prend pas sur ce que je mange, et moi je me satisfais de la situation et apprécie de ne plus naviguer entre deux tailles de pantalon même si j’aurais préféré me stabiliser sur la plus petite des deux.

Enfin, ça, c’était valable jusqu’à il y a quelques mois.

Pour une fois, ça n’est pas passé par l’image. Je ne me suis pas vue et trouvée grosse ou pas belle ou pas moi. Il faut dire que dans l’ensemble, je me trouve « pas mal pour le temps, l’énergie et l’argent que je peux consacrer à mon apparence », que j’ai surtout l’air d’une mère de jeune enfant et que c’est quelque chose qui me convient. Que j’ai accepté que mon corps a vécu une grossesse et qu’il y a un après.

Non, cette fois, c’est passé par la sensation, celle d’être ramollie, molasse, flasque. Ce n’était pas seulement ma peau, mon gras, mes bourrelets. C’était un état général, un quelque chose dans le corps qui jaillissait dans beaucoup d’autres domaines et sur mon état d’esprit.

J’ai commencé à me reprendre un peu, à aller travailler à vélo, à me secouer… et à me soucier un peu de mon poids. C’est allé et venu, je me pesais, j’oubliais, je prenais des résolutions et les annihilées une heure plus tard pour lécher l’appareil à muffins avec Peanuts. Les vacances arrivant, j’ai décidé que mon poids restait stable depuis plus de deux ans donc que j’allais déprogrammer cette préoccupation.

L’urgence, c’était de retrouver de l’énergie, de la tonicité, sortir du mou. Et ça a marché. Mais en rentrant de vacances, ma balance m’a rappelé que ben quand je mange n’importe quoi n’importe quand sans me soucier de mon appétit, de ma satiété et en me limitant à « Mmmh, c’est bon, j’en veux encore », il y a des conséquences.

J’ai donc décidé de me faire plus attentive. J’ai commencé (enfin, il était temps) à m’apporter à manger au boulot plutôt que d’aller à la cantine. Pas que la cantine soit mauvaise, au contraire, et c’est bien le problème, mais parce que je termine mon plateau. J’ai progressé : je ne vide pas toujours mon assiette. Mais je mange mon entrée, mon dessert, le fromage. Je ne laisse pas parce que je suis gourmande, puis parce que je suis le mouvement, parce qu’on discute et que je n’écoute pas mon ventre, parce que.

J’ai aussi limité un peu mes quantités le soir, varié mes assiettes, j’ai arrêté de terminer les goûters de Peanuts quand je n’en avais pas réellement envie.

Avec la reprise du vélotaf et ce peu d’attention portée à mon alimentation, j’ai vu mon poids baisser. Sur la balance et dans la glace. J’ai reçu des compliments. Ça descendait bien et ça descendait vite.

Puis sans m’en rendre compte, je me suis interdit certains desserts, de goûter mes propres pâtisseries, le fromage le soir si j’en avais mangé à midi, j’ai commencé à m’inquiéter du menu d’un repas d’anniversaire, de la taille des parts de gâteaux.

C’est insidieux, vous savez. Vous vous demandez en toute bienveillance « Ai-je vraiment envie de manger cela ? » puis vous glissez vers « Ai-je vraiment besoin de manger ceci qui est gras ? cela qui est sucré ? » Vous vous demandez « Est-ce que j’ai atteint ma satiété ? » puis vous vous répondez « J’ai bien assez mangé » en regardant ce qu’il manque dans l’assiette et sans passer par l’interrogation des sensations.

Et ça marche. Les chiffres sur la balance descendent, les vêtements ne serrent plus à la taille ou aux hanches. Sauf que je me suis mise au régime. Sans même le décider.

Par « être au régime », j’entends s’autoriser et s’interdire certains types d’aliments, triés selon l’impact qu’ils pourraient avoir sur une prise ou une perte de poids, se restreindre dans les quantités, les horaires, selon des critères extérieurs à ses propres sensations de faim, envie, appétit et satiété.

Ce qu’il y a, avec les régimes, c’est que c’est forcément très présent. Parce qu’on mange plusieurs repas par jour, souvent trois, parce que les occasions de manger, grignoter, goûter un truc sont nombreuses. Parce qu’on passe notre temps à avoir l’occasion d’avaler des choses. Les régimes, c’est toujours frustrant, au moins un peu, et ça grignote la bienveillance. Envers soi-même quand on ne suit pas les règles qu’on s’est fixées. Envers les autres parce qu’ils ont proposé une soirée pizzas, viles tentateurs ! Envers son corps qui ne maigrit pas assez, pas assez vite, pas de là où on voudrait (coucou la taille de soutif en moins quand on veut s’attaquer à sa culotte de cheval).

Puis quelqu’un sort « Tu as maigri toi, ça te va bien » ou une phrase de ce genre qui se veut gentille. Parce que c’est ce à quoi on nous apprend à aspirer : à maigrir. Peut-être même plus qu’à être mince quand on y réfléchit (combien de personnes autour de vous n’aimeraient pas perdre au moins 2 ou 3 kilos ? et parmi ces personnes, combien de femme ? Mais celleux qui n’entrent pas dans une démarche d’amaigrissement. Combien disent et pensent que leur poids et celui qu’iels veulent peser ? ») Du coup, quand on constate la perte de poids de quelqu’un, ben on va donner dans les félicitations. C’est normal, c’est ce qui se fait. Puis de l’autre côté, on se dit qu’on tient le bon bout, que c’est une bonne manière de faire.

Un soir de la semaine dernière, Celuiquej’aime m’a proposé de rapporter un Mac Do en rentrant de chez mon psy pour qu’on se le regarde devant un film. Ça m’a mise en colère. Un Mac Do ? Et puis quoi encore ? Il sait que j’essaie de perdre du poids, que je veux retrouver la dizaine du dessous, que je n’en suis pas loin ! Il devrait plutôt m’attendre avec une salade de tomates et une compote pomme-poire sans sucre ajouté !

Alors qu’en fait, mon mec, il ne me proposait pas d’alimenter mon gras, il proposait juste une soirée sympa.

J’ai dis Ok, pour le Mac Do. Et j’ai quand même perdu encore un petit quelque chose cette semaine. Je découvre tout de même ces dernières semaines que je me sens bien en mangeant moins. Qu’arriver au repas du soir, fixé à une heure raisonnable pour le coucher de Peanuts, en ayant vraiment faim est agréable. Que je sais enfin reconnaître ma satiété, presque à tous les coups. Je dois me forcer un peu à me rappeler que si, en ce moment, j’ai tendance à voir dans un carré de chocolat des glucides et des lipides, le collègue qui me le propose en salle des profs y voit un geste sympathique à mon égard. Je suis en train de travailler à trouver une manière de manger qui me mette en accord avec le volume de mon ventre, de mes cuisses, de mes fesses, et mes contraintes quotidiennes.

Et à tourner pour de bon cette page, celle des régimes et des règlements, imposés par moi-même ou par d’autres.

Vous avez vu, je continue de grandir.

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4 réflexions sur “Quand pèse le régime

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