Suspensions

…qu’il s’est toujours appartenu à lui-même et jamais à nous mais l’impression que plus ça va plus c’est vrai alors que ça l’est depuis toujours…

…savoir exactement comment je vais. Je me sens plutôt bien mais la Petite Voix traîne dans les parages en chuchotant qu’il ne devrait pas en être ainsi, parce qu’en toute objectivité, je cumule pas mal de lassitude et de fatigue, puis il y a cet automne de plus en plus hivernal et toutes ces petites choses plus ou moins un peu grandes en fait. Alors la Petite Voix chuchote que c’est le médicament-qui-fait-peur qui dit que je vais bien. Allez savoir de combien c’est vrai et…

…continuer doucement de perdre du poids sans avoir l’impression de lutter, en tout cas la majorité du temps. Habituée à yoyoter, je rencontre là quelque chose de nouveau. Je ne peux pas m’empêcher de m’inquiéter un peu parce que je ne sais pas comment j’ai fait et…

…chaque matin et soir, de plus en plus naturellement, avec cette grande bécane à deux roues et…

…couleurs hallucinantes de levé de soleil entre la mer et le front de nuages. J’en ai presque perdu l’équilibre alors je…

…n’ai pas raté un seul goûter fait maison les jours d’école et en tire une forme de satisfaction assez agréable. Et l’idée pas si saugrenue de prendre des actions chez mon fournisseur de chocolat à dessert…

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Ne le répétez pas

Ne le répétez surtout pas à ces hordes de touristes qui s’entassent serviettes contre serviettes sur nos plages de juin à septembre et s’extasient devant cette mer de carte postale « Ah qu’elle est belle, ah qu’elle est bleue, la mer d’azur dans sa baie séraphine ». Non, ne leur dites surtout pas mais elle n’est, cette mer bleu plat à peine grêlée de mousse, rien bonne qu’à la toile de fond de leurs selfies à peau rougie. La mer que j’aime et ne peux quitter c’est celle des saisons qui la teignent d’encre, de charbon, de nuit, de fucus, qui lui donnent des reliefs à la lumière rasante d’un soleil bas sur sa ligne de fuite, qui laissent entendre que se trame en son fond de sombres aventures, de tragiques existences. C’est là qu’elle est Belle, à l’automne, à l’hiver, dans son mariage avec un ciel démonté aux camaïeux improbables de gris à rose sans passé qu’infimement par le bleu. La mariée était en obscur, son voile était d’écume en rouleau sur les plages, quittant pour y revenir sans cesse sa couche même pas nuptiale, princesse aux petits galets ronds dont le choc rythmé chantent une complainte mélancolique adressées aux goélands, aux pécheurs et aux poètes. Ne leur répétez rien. Et venez écouter. Venez contempler.

Entrer dans l’hiver

Ça s’est passé brutalement, comme cela se fait ces dernières années. On entend l’automne s’installer chez les autres et ici, pas une feuille ne craque sous les pieds. Les bourrasques décrochaient des branches de la verdure à peine dorée, le ciel ne dérogeait pas à son bleu, la mer appelait toujours à la baignade même si celle-ci supposait un peu d’oubli de soi-même. Puis une nuit, le ciel a crevé et tonitrué l’entrée en scène de la saison. Depuis, ce ciel pleut plusieurs fois par jour, parfois à gros sanglots, souvent en plaintes silencieuses. Le changement d’heure fait débarquer l’idée de nuit au milieu même de nos après-midi. Les mains demandent après une tasse chaude pour se lover à son tour comme on caressait nos doudous.

Et tout en même temps qu’on entrait dans un automne aux accents déjà hivernal, il a fallu sortir des vacances scolaires. Ouvertes par une journée de lente défaillance, le corps qui lâche contre les virus conjugués d’une laryngite et d’une gastro, j’ai profité de ces deux semaines sans en même temps vraiment les voir passer. Si je suis sincère avec moi-même j’avoue que m’a manqué terriblement une paire de jour seule comme j’ai toujours aimé entamé ces congés d’entre périodes, malgré la semaine rien qu’en couple. Elle a fait du bien. Elle repose les bases, les repause aussi.

Je goutte toujours à cette chance que j’ai de retrouver mon travail avec plaisir. Tout n’y est pas simple pourtant, je pars en guerre contre, pour. J’essaie de nier que ça y est, c’est là, les semaines de l’année que j’aime le moins et nous conduisent sans retour possible au début décembre et ces journées si dures au collège. Celles où s’articulent avec force grincements et douleurs la fatigue de chacun, les maladies petites mais récurrentes, l’excitation sans cesse prospérante des élèves, l’énergie sans cesse déclinante de l’équipe, l’agacement si facile, l’exaspération si attirante. Je reprends, tout de même, avec entrain le chemin de l’école.

Hier, après les cours, élèves partis, locaux quasi vide, j’allais vers les bureaux dans l’attente d’une réunion. Seule dans ces couloirs devenus si familier je me demandais si c’était l’ancienneté ou un sentiment curieux de légitimité qui me donnait ainsi la sensation d’être à ma place. Plus cela va, plus j’accepte de croire que je fais bien mon travail sans que vienne me heurter cette sensation d’imposture.

Et je continue d’aimer cela, ce que je fais.

J’ai eu, aujourd’hui, ce qui me manquait tant ces derniers jours : des heures à moi à faire ce que je voulais, sans réfléchir ni planifier. L’enfant cahouette est ailleurs en famille, facilité pratique à nos contraintes hors parentales de ces 15 dernières heures. J’ai passée une bonne partie de ces temps sans l’avoir prémédité à choisir des cadeaux de Noël. Le hasard d’un livre vu en rayon entraînant une idée puis une autre qui appelle une envie qui suppose une recherche qui devient une liste puis un panier puis… Il ne m’en manque plus que deux et demi, voilà qui me surprend moi-même.

Je transpose, un peu, de ne pas savoir toujours comment m’occuper de moi en attentions pour les autres. Et en faisant cela, je me fais du bien. Gagnant partout, même mon banquier.

Je me suis occupée, un peu, de chouchouter ce blog. Il reste mon nid, ma tanière, même si j’y manque. Il faut que je vole son temps, et je suis mauvaise fraudeuse. Et il y a ce blocage, le truc du forgeron. C’est en forgeant qu’il devient. Moi c’est en n’écrivant peu que je n’écris presque plus. Je ne sais plus n’y jeter que quelques mots, comme ça, en passant. Je n’ose pas, même, quelque part. Tout cela, je sais qu’on en guéri, je suppose même savoir comment. En commençant par savoir que grandit un enfant, peut-être bien.

Puis j’ai toujours écrit davantage en allant mal et voilà donc que je continue de me sentir bien. Je suis ainsi, écriveuse à l’affect, et cela fera donc mon affaire. En attendant, je vais me faire un thé.

 

Bruissements d’automne en altitude, quelques semaines il y a.