23 septembre. Aujourd’hui ça tombe

La pluie, pour commencer, linéaire, drue, une pluie d’octobre un 23 septembre.

Puis la pression, le champagne dans six flûtes, du cidre doux dans une autre, le temps, les coups d’épée pour jouer, un cadeau très attendu, les minutes devant les écrans, les indices d’une info que je ne voulais pas donner, l’annonce des heures à lire seule le soir, la fatigue de fin de journée, la nausée de regarder le téléphone plutôt que la route, la commande improvisée. Le sommeil, enfin, sans doute.

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12 juillet Aujourd’hui prouve que le sol remue

Il est calé dans mon dos, lémurien agrippé, kangourou inversé, et je chatouille son ventre. Il éclate de rire plusieurs fois puis me lance un « ayyète, maman » qui ne tient plus du jeu. Je sens son front posé entre mes omoplates, l’alourdissement qui pointe, la langueur qui s’installe. « Essaie de ne pas t’endormir mon cœur, on est presque arrivé ». Je chipe le doux chiffon mais il l’attire fermement à lui, là, entre son ventre et ma colonne, cet espace rien qu’à lui. Malgré moi, la marche le berce et bientôt, je sais qu’il est « parti ». Il commence à se faire bien lourd et pourtant, je ne me lasse toujours pas. Il faudra que j’en termine mais qu’est-ce que je continue aimer le porter, le sol remuant de concert sous nos pieds.

9 juillet Aujourd’hui une liste

Choses qui font une fête d’anniversaire

Un gâteau

Des bougies, autant que d’ans ou moins

Chanter un peu faux Joyeux anniversaire en calant un prénom à la troisième phrase même si celui-ci compte moins ou plus que les deux syllabes prévues par le rythme initial

Des cadeaux emballés avec du papier coloré et des boucles de rubans

Un moment de partage

Une personne qui se sent importante dans la vie des autres présentes

Des « joyeux anniversaire » scandés ou susurrés 

Ça n’a pourtant pas l’air si sorcier écrit comme ça…

7 juillet Aujourd’hui matière vive

Elle est arrivé alors que le repas était entamé. Je l’ai accueilli d’un signe de loin, coincée à une grande tablée. Quand je me lève pour me servir, on échange une paire de bises. Je repars chercher des verres, j’en prends un pour elle. Il y a un truc qui cloche, je le sens. Je veux lui offrir la possibilité de discuter sans arriver avec de gros sabots. Elle me devance et c’est les mains pleines de gobelets de cantine qu’elle me trouve. « J’ai eu mon écho T3 aujourd’hui… » Elle ne finit pas, les larmes sont entre ses paupières et ses joues. « Ça va, hein, mais… » Je l’ai déjà entraînée à l’écart, tiré une porte. Elle répète plusieurs fois que « ça va », davantage pour elle que pour moi. Elle m’explique. Il n’y a rien de grave, rien même d’inquiétant. Disons qu’il y a du qui pourrait devenir inquiétant si. Elle m’explique. Ça l’aide, elle met à distance. Je pose quelques questions. Je compatis. On insulte le diabète gestationnel (sa mère), les médecins contradictoires et le suivi qui infantilise les mères alors qu’elles ont besoin plus que jamais de se construire comme parent. Elle finit par sourire et sécher ses larmes. Elle s’excuse plusieurs et je la houspille un peu pour qu’elle s’arrête. Elle se sent mieux. On retourne fêter la fin d’année, son ventre rond sous ses mains caressantes.

6 juillet : aujourd’hui c’est bien une vache

Le Chef nous a réuni histoire de. De dire qu’on ne nous paie pas à rester chez nous. On a fait des trucs, des trucs utiles, qu’on aurait pu faire à d’autres moments, des tas d’autres moments. Moi je trouve ça normale, de nous demander de travailler alors qu’on nous paie pour ça. D’autres trouvent ça exagéré, de nous tirer jusqu’au bout (alors qu’en lycée ils ont fini depuis longtemps !)

Il a demandé « Ça a été ? ». J’ai acquiescé. Il a précisé « Avec les collègues ». J’ai confirmé. « Bon », il a ponctué. J’aime bien comme il dit les choses, et si c’est une vache, il dit que c’est une vache.

5 juillet : aujourd’hui moment où la nuit tombe

Je suis une bille de soleil et de lumière. J’ai grandi dans ces rayons, un des coins de France qui en bénéficie le plus. S’ils viennent à manquer, très vite, je me sens mal. Physiquement, même. Mais voilà que ces temps à nombreuses heures de jours me joue de tours. Min sommeil fait des siennes et s’alignent de trop sur la luminosité. Et voilà que j’en viens à m’impatienter que la nuit tombe, que je puisse envisager de dormir. J’ai besoin de vacances.

4 juillet : aujourd’hui permission accordée

Je suis arrivée, me suis glissée à travers la cours vide et silencieuse et j’ai rejoins mon antre. J’aime ces heures solitaires de fin d’année, quand il y a quelque chose de ouaté dans le ventre du CDI. J’ai dressé une liste to do, même pas dans mon Carnet mais sur une feuille volante comme je l’ai longtemps fait. Il s’agissait de terminer de classer, ranger, nettoyer, signalétiser. Les tiroirs, les espaces, les ordinateurs. J’ai noirci mes tâches, interrompue longuement pas la problématique internetionale d’une collègue. Puis j(ai bouclé. Pour la première fois en 10 ans de métier, je n’ai pas tiré jusqu’au dernier instant du dernier jour, laissant des items listés blancs, et je me suis autorisée à rentrer tôt.

2 juillet : aujourd’hui elle ressemblait à

Aujourd’hui, elle ressemblait à une fille que j’ai connu, cette nana qui était moi, à côté de ce poney. Ça n’a duré que quelques pas, l’enfant s’est effrayé. Mais j’ai recconu dans mon corps cette mémoire des gestes. La main sur la longe, celle à l’embouchure du filet, le noeud d’attache ni trop long ni trop court, la chaleur d’un souffle dans ma main, la peau si douce derrière les naseaux sous ma paume. Il a dit stop, a voulu mes bras et à cet instant j’ai eu envie de fuir. Il n’est sans doute pas assez grand, le mouchoir que j’ai mis là dessus.

Aujourd’hui clés

« Non c’est moi ! » est devenu la phrase fétiche. Elle allie ce « Non ! » qui pourrait être son étendard et ce « Moi moi moi » dont il se gargarise. « Non c’est moi ! » entendez suivi de « qui le fait ».

Concentré, il pointe vers la voiture et appuie, souriant de toutes ses seize dents quand les phares clignotent et que les rétroviseurs s’écartent. Il grimpe ensuite, encastrer son précieux dans le logement du tableau de bord. Préalable sans lequel il ne me faut plus imaginer l’installer dans son siège.

Les jours sans voiture, c’est le trousseau festif. « La toute pitite » qui ouvre la boite à lettre, « la grôsse » (voix grave et ronde) pour la porte d’entrée, « la jône » pour l’immeuble et depuis quelques semaines « la pitite tourne » pour l’antivol du vélo. « Et ça c’est quoi Môman ? », la clé de la cave si rarement utile.

« – Tu me rends mes clés ? – Non c’est moi ! – Tu veux de l’aide ? – Oui Môman. Tous les deux ! » Bon sang, qu’il devient grand.

Aujourd’hui, envie d’être à

Au travail, cette fin d’année refuse d’en être déjà une et cela devient pesant. Entre cette fin officielle des cours placées une semaine après le début de juillet, et la liste des choses à boucler avant de passer aux tâches de fin juin qui n’en terminent pas de s’allonger, je suis mal à mon aise. Je repousse et m’inquiète pour la fin tout en menant de front trop de ces trucs qui occupent mon temps et mon esprit plus que je ne voudrais avoir à supporter.

Avec Peanuts, on est dans une de ces phases où tout s’accélère. Il a décidé d’abandonner les couches, comme ça, vendredi dernier. Et ça marche. Il y a aussi tout ce qui est moins visible pour beaucoup. Comme ce matin, il a participé un peu aux chansons de gestes pendant l’heure du conte à la bibliothèque alors qu’il est toujours resté spectateur appliqué dans sa discrétion jusqu’ici. Il parle à des adultes qu’il ne connait pas ou peu, sans qu’on le lui demande, conseille, l’y encourage. Il réclame la présence d’autres enfants. Il mime des gestes (ramasser au sol des lunettes de protection, des gants, un casque, et les enfiler un à un avant d’empoigner son marteau-piqueur fait de briques duplo), il projette, imagine, décide. Il grandit. Et en même temps, il régresse sur certaines choses, comme s’il était trop difficile de mener de front toute ces histoires de pipi, pot, toilettes-des-grands, échanges, bisous, bonjour, je veux, c’est moi qui fait, et demander un objet au lieu de gémir en le désignant vaguement, ne pas entrer en opposition systématique avec sa mère, manger ce qu’on propose, ne pas inonder la salle de bain… J’ai du mal à m’adapter à ces changements fulgurants qui demandent de nombreux réajustement et supporte très mal certains retours en arrière bien que je sache qu’ils sont logiques et passagers.

Je ressors de ce mercredi rincée. J’ai côtoyé les agacements prodigieux, les attendrissements extrêmes (« Maman moi t’aime »), les exaspérations fulgurantes, les fiertés étourdissantes, auprès de mon fils et à côté de cela, sa sieste a pour l’essentiel était consacrée à régler diverses questions de boulot, que j’ai rêvé du travail cette nuit, que je vais m’y remettre.

Finalement, aujourd’hui, j’aurais eu envie d’être à la fin de la semaine prochaine, ou de la suivante, une fois que tout cela se sera tassé. Ça fera du bien.